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13e Œil | Les derniers cheminots du cinéma

 

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Si le métier de projectionniste jouit encore d’une certaine aura auprès du public, la numérisation des salles de cinéma a entraîné une profonde mutation de la profession. Rencontre avec ces derniers travailleurs de l’ombre.

Vous plongez la main dans le pop corn. Un babillage à droite avec votre meilleure copine, un chuchotement à gauche pour commenter la bande-annonce qui défile à l’écran. Soudain la lumière s’éteint. Silence dans la salle. Vous vous enfoncez un peu plus dans le moelleux du velours rouge. Et dans un faisceau de lumière, la magie opère. Derrière vous, cachée dans l’ombre, une silhouette veille à ce qu’aucun accroc ne vienne gâcher le plaisir. C’est un peu le chef d’orchestre de la salle de cinéma. L’illusionniste, qui commande la danse des images sur la toile blanche. Le projectionniste, promu malgré lui « opérateur caissier » ou « technicien polyvalent » depuis l’arrivée du numérique.

À L’Escurial, unique salle Art et essai du 13e arrondissement de Paris, les projectionnistes ont toujours été caissiers. Derrière la vitre de sa loge, dans le hall d’accueil de ce petit cinéma de quartier, Charlotte renseigne les clients, vend les billets et la confiserie. À côté d’elle, un ordinateur lui permet de piloter les projections dans les deux salles du cinéma. Les yeux bleus sous la frange blonde, la jeune employée de 25 ans est l’une des trois opérateurs-caissiers qui officient à L’Escurial. Originaire de Bourges, elle a passé le CAP projectionniste à Paris, après avoir découvert le métier un peu par hasard. Son amour du cinéma est né à la fac, en licence de médiation culturelle : « En première année, on nous montrait plein de films, des choses plutôt expérimentales… Par la suite, je me suis intéressée aux classiques. » Après un apprentissage aux Écrans de Paris, circuit indépendant qui regroupe cinq cinémas dont L’Escurial, elle a été embauchée en mai 2014.

 

Des bobines aux playlists

« J’aime le contact avec le public, avance Charlotte. Il y a un aspect un peu sociologique dans mon métier. J’aime comprendre ce qui va plaire ou pas au public. » Pour lancer Bonnie and Clyde d’Arthur Penn, elle pianote quelques secondes sur un ordinateur portable posé sur le gros caisson noir du projecteur numérique. Charlotte n’entre dans la cabine de projection que deux fois dans la journée : le matin, pour allumer les projecteurs et le soir pour les éteindre. Encombrée par deux imposantes machines, la petite pièce au lino gris est plongée dans l’obscurité. Depuis les fenêtres traversées par le faisceau de lumière, on peut voir le film défiler sur le grand écran incurvé. Un assourdissant bruit de soufflerie – le système de refroidissement du projecteur numérique – couvre la bande-son. Au fond de la cabine, une échelle métallique mène à la plateforme supérieure, où sont installés les projecteurs de la petite salle du haut.

 

[...] Lire la suite dans le 13 du Mois #50

 

Publié par Anne Royer  le 20 Avril 2015
 

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