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DOSSIER | QUI VEUT BIEN DE NOS VIEUX ?

 

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CRISE DU LOGEMENT - MARCHÉ DE LA VIEILLESSE
ÉTAT DES LIEUX DANS LE 13e

 

En France, vieillir coûte de plus en plus cher. Aux personnes âgées, à leurs descendants mais aussi à la société. Selon l’Observatoire 2011 des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), obtenir une place en maison de retraite publique ou associative s’élève à 1 857 euros mensuels en régions et à 2 242 euros en Île-de- France. Quant aux structures privées, leurs prestations flambent. Il faut compter en moyenne 4 000 euros par mois.

 

Alors qu’il était en visite à Paris, David Choquehuanca a eu cette jolie expression : « Nous avons décidé de ne plus lire les livres mais les rides de nos anciens. » Ministre bolivien des Affaires étrangères, ce dernier est venu, le 17 octobre dernier, présenter la Renta dignidad à son homologue français. Un système de pension de vieillesse universel qui concernait déjà 800 000 bénéficiaires en 2010. Financée par une part fixe de la taxe directe sur les hydrocarbures, cette « pension de la dignité » a coûté 500 millions de dollars et permis de réduire de 5,8% la pauvreté chez les personnes âgées de Bolivie. De quoi faire saliver les gouvernements des pays membres du G20. Confrontés à l’allongement de la durée de la vie, ces derniers n’ont de cesse de porter la vieillesse et la dépendance au rang de grandes causes nationales. Avant de glisser délicatement leurs promesses sous le tapis de la real politique. En son temps, De Gaulle disait déjà que « la vieillesse (était) un naufrage ». Actuelle ministre déléguée aux Personnes âgées, Michèle Delaunay aurait affirmé, selon un indis- cret publié par Le Canard enchaîné du 13 février, que « grâce à (son) projet de loi Anticipation, adaptation, accompagnement, la France (allait) retrouver son triple A. » Derrière la boutade, cette dernière essaye surtout de sortir du tapis ce « véritable enjeu » qu’est la réforme de l’aide à l’autonomie dont François Hollande a annoncé la présentation pour la fin de l’année 2013. Actuelle- ment, la France compte 1,1 million de personnes âgées de 85 ans et plus. Un chiffre qui, selon l’Insee, devrait augmenter de 40% d’ici à 2020.

 

Les résidents et les familles n’arrivent plus à faire face

C’est un fait, si nous vivons de plus en plus longtemps, la question du maintien à domicile et de l’hébergement en fin de vie est en passe de devenir une question de luxe pour les Français. Aujourd’hui, il en coûte 1 857 euros par mois en régions pour pouvoir obtenir un lit en maison de retraite publique ou associative, soit 61 euros par jour. En Île-de-France et à Paris, la facture oscille entre 2 242 et 3 600 euros (voir encadré). Des tarifs à mettre en relation avec ce chiffre de 900 euros par mois. Celui de la moyenne actuelle des pensions de retraite des Françaises qui représentent la majorité des personnes admises en Ehpa ou en Ehpad. Ainsi, fin janvier, la ministre déléguée aux Personnes âgées confiait, lors de ses vœux à la presse, que « tous les jours, (elle) reçoit des lettres de résidents ou de familles qui n’arri- vent plus à faire face. » Selon le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), les Français seraient même 69% à estimer être dans l’incapacité financière d’assumer le coût de l’hébergement en établissement pour eux ou pour leurs proches.

Pour bien comprendre ces chiffres, il suffit de se pencher sur les critères concernant les tarifs prodigués par les maisons de retraite. Ces derniers englobent la prise en charge des soins, celle de la dépendance et de l’hébergement. Le « tarif soin », par exemple, représente 25 à 30% des coûts. Il est pris en charge par l’assurance maladie et vise notamment à rémunérer le personnel infirmier et soignant. Le « tarif dépen- dance », lui, représente la plus petite part des coûts, entre 10 et 15%, et est intégrale- ment financé par les conseils généraux via l’allocation personnalisée d’autonomie (Apa). En revanche, c’est bien « le tarif héber- gement » qui grève le budget des retraités et, souvent par ricochet, celui de leurs enfants. Il s’élève à 60% des frais familiaux alors même que, toujours selon le Crédoc, 68% des Français estiment aujourd’hui que la prise en charge des personnes âgées par les pouvoirs publics n’est pas satisfaisante. « Ces derniers ont raison de dénoncer ces restes à charge scandaleux », répond Pascal Champvert, président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées. « C’est une réaction que nous comprenons très bien, répond en écho le syndicat natio- nal Sud Santé. Parler de maisons de retraite est un non-sens. On peut tout au plus les qualifier de maisons de retrait... Ces éta- blissements sont des lieux cachés aux yeux de la société où se concentrent toutes les souffrances. Aussi bien celles des résidents que celles des soignants. »

 

[...]La suite dans Le 13 du Mois n°27. À lire également en marge de cet article : "Deux fois moins d'ouverture de maisons de retraite à Paris qu'en France".

Publié par Pierre-Yves Bulteau  le 11 Mars 2013
 

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