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PORTRAIT | Elise Boghossian

 

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Piqueuse en guerre

Munie de ses aiguilles, Élise Boghossian soulage la douleur de victimes de guerres au Kurdistan irakien. Spécialiste d'acupuncture, elle a ouvert un cabinet aux abords du 13e arrondissement parisien. Rencontre.

Huit heures du matin, dans son cabinet parisien. Une valise à la main, Élise Boghossian est à peine rentrée du Kurdistan irakien, il y a quinze jours, qu'elle s'apprête à y retourner pour une semaine, après la longue journée de consultations qui l'attend. En un an, elle a fait l'aller-retour une douzaine de fois. Autant de contrastes entre la relative tranquillité de son métier dans la capitale et le choix qu'elle a fait depuis plusieurs années : soigner les blessés en zone de guerre.

Ce « décalage pas évident », elle a fini par l'apprivoiser. « On ne reste pas insensible à ce qu’on voit, et on ne peut pas tout partager, mais j'ai toujours le même plaisir à retrouver les miens et à rentrer pour me ressourcer », confie cette mère de trois enfants qui, quand on l'interroge sur son rythme de vie effréné, répond le sourire aux lèvres mais le regard fatigué : « Ça va à peu près. »

 

« On m’a posé une aiguille et le lendemain, je n’avais plus rien »

Avant de mettre à profit ses talents d’acupunctrice pour soulager des blessés de guerre, Élise Boghossian a expérimenté la médecine chinoise sur son propre corps. « Magie », ça a marché. Et c'est en partie ce qui l'a fascinée : « On m'a posé une aiguille et le lendemain, je n'avais plus rien », se souvient-elle. Après un troisième cycle en neurosciences à l'université Pierre-et-Marie-Curie, Élise Boghossian souhaitait à tout prix comprendre le mécanisme de la douleur. Alors elle est partie percer le mystère de la médecine traditionnelle chinoise à l'université de Nankin, où elle a obtenu un doctorat, et a étudié l'anesthésie, par acupuncture, au Vietnam. Dès lors, sa fascination pour cette médecine s'est confirmée. Elle décrit : « Que ce soit au niveau du corps ou de l'esprit, tout communique. L'énergie circule, et quand elle stagne, elle provoque des maladies. À nous alors de voir où ça bloque, et ce n'est jamais là où on le croit. Si vous avez mal à la tête, on va bien souvent vous piquer les pieds. »

 

Dès 2002, elle avait fondé l'association Shennong & Avicenne, du nom de deux figures emblématiques de la médecine chinoise et persane. Son but : promouvoir la médecine chinoise en France. Mais ses champs d'action dépassent rapidement le territoire national, pour se tourner vers les victimes de guerre, d'abord en Arménie, puis en Jordanie et en Irak encore récemment. Avec une équipe pluridisciplinaire de sept médecins, qui s'est agrandie depuis, Élise Boghossian se rend de site en site – 28 au total – pour soulager la douleur de milliers de réfugiés chrétiens et yézidis, à bord d'un camion de soins itinérant, que l'association a pu financer, notamment grâce aux dons. De plateaux de télévision en émissions de radio, Élise Boghossian a mobilisé plus de 72 000 euros pour sa cause. Elle fait le compte : en tout, son équipe prodigue entre 6 000 et 7 000 soins tous les mois. Et ça n'est pas près de s'arrêter. Outre le traitement quotidien de la douleur, de maladies aiguës, chroniques, de troubles psychiques, ils ont inauguré cet été un bus spécialement conçu pour des enfants, ayant souvent subi des mutilations, et des femmes, pour beaucoup anciennes victimes de tortures sexuelles : « Nous accueillons 2 000 femmes anciennement prisonnières, qui étaient esclaves. Pour elles, le retour dans la famille est très dur, voire totalement impossible. »

 

Un portrait à retrouver dans Le 13 du Mois #55

 

Publié par Rozenn Le Carboulec  le 19 Octobre 2015
 

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