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ENQUETE | La poubelle qui valait un milliard

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Situé à cheval sur Ivry et le 13e, le plus grand incinérateur de France s’apprête à être entièrement reconstruit. Un projet discret qui soulève pourtant un certain nombre de questions écologiques, sanitaires, économiques et politiques.

Attention, sujet brûlant et, autant prévenir tout de suite, complexe. Une simple visite de l’usine de traitement des déchets d’Ivry-Paris13, qui regroupe un incinérateur, une déchetterie et un centre de tri sélectif, permet de mesurer l’étendue du problème, pour ne pas dire du désastre : des ordures par milliers de tonnes, déchargées chaque jour par une centaine de camions-bennes dans des fosses géantes. Autrement moins choquantes que celles de décharge à ciel ouvert révélées dans le documentaire Super Trash (1), les images permettent de prendre magnifiquement la mesure de nos habitudes de consommation. À Ivry-Paris13, ce sont les ordures d’1,2 million de personnes qui débarquent chaque jour, soit plus de 700 000 tonnes par an, prêtes à être soit incinérées soit triées pour être envoyées à des filières de recyclage particulières (papier-carton, plastiques, bois...).

Les hautes cheminées n’en sont que la partie visible. Inratables pour un habitant d’Ivry, du 13e ou un usager du périphérique, ces deux tunnels de 80 mètres de haut crachent en continu un panache blanc et épais tellement familier qu’il n’a plus rien de dérangeant. Si rien n’était destiné à changer, nous aurions certainement continué à le considérer comme un simple élément de décor, emblème de cette frontière Paris-banlieue. Seulement, dans les prochaines années, l’usine d’incinération et de valorisation des déchets d’Ivry-Paris13, arrivée en bout de course, sera entièrement et autrement reconstruite. D’un côté l’incinérateur, d’une capacité réduite de moitié, soit 370 000 tonnes par an – au lieu de sa capacité maximale actuelle de 730 000 ; de l’autre, une usine de tri mécano-biologique (TMB) avec méthanisation, un procédé récent et encore largement méconnu qui permet à la fois de recycler du méthane et les déchets organiques. Là est le point de départ de cette enquête. L’occasion de mettre une bonne fois pour toutes le nez dans nos ordures et de découvrir que ça ne sent pas la rose.

Ça brûle... et ça pollue

Ce projet discret – il n’a intéressé les médias qu’à de très rares occasions –, à l’étude depuis dix ans déjà, a fait l’objet d’un débat public en 2009 et 2010. Il a vu progressivement se former toute une gamme de camps : les pro-TMB, en tête desquels le Syctom (2), agence intercommunale qui gère 12 unités de traitement des déchets en Ile-de-France dont l’usine d’Ivry, les « TMB-friendly» pourvu que l’on sorte du « tout-incinération », les anti-TMB qui préfèrent encore l’incinération, les anti-TMB qui rejettent aussi l’incinération...

[...] Lire la suite dans le 13 du Mois #40

Publié par Virginie Tauzin  le 15 Mai 2014
 

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