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PORTRAIT | Biniam Simon : sa voix est libre

 

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Au premier étage d'un immeuble de brique rouge du quartier Maison-Blanche, un modeste deux pièces. Loué à prix d'ami par la Ville de Paris, il accueille la première station indépendante d'Érythrée. Chaque jour, Radio Erena y diffuse des informations à destination de la diaspora et des habitants de cet État confetti de la Corne africaine. Un combat de tous les instants que mène le journaliste Biniam Simon. Face à lui, un régime despotique qui figure bon dernier dans le classement sur la liberté de la presse dressé tous les ans par Reporters sans frontière. Pire que la Corée du Nord. C'est dire...

Quand nous le rencontrons, Biniam Simon revient tout juste de Stockholm. Il était l'un des invités d'honneur d'un colloque européen sur le journalisme radio et sa diffusion en ondes courtes. Une problématique que ce journaliste érythréen connait mieux que personne. Pourtant, à la simple vue du minuscule studio de Radio Erena, on se dit qu'il ne se bat pas avec les mêmes armes que ses adversaires. Une fois l'escalier en colimaçon de ce petit immeuble, propriété de Paris Habitat, avalé quatre à quatre, on débouche sur une pièce aux couleurs froides. Dans cette ancienne chambre aux murs tapissés de boîtes d'œufs peintes qui font office d'insonorisation, trônent deux ordinateurs et un micro. Fixé au plafond, un écran de télévision crache sans bande-son des images du monde entier. Un décor bien loin de celui d'Eri-TV, unique télévision d'Érythrée, où Biniam Simon a été présentateur-vedette avant d'en devenir le rédacteur en chef. Une illusion de journalisme dans un pays que le président-dictateur Issaïas Afeworki a verrouillé suite aux attentats du 11 Septembre.

En anglais dans le texte, le quadra explique qu'en tant que présentateur du journal d'information nationale, il était avant tout considéré comme un journaliste gouvernemental. « C'était simple, tu arrivais le matin à la rédaction, tu ne donnais pas ton avis sur les infos du jour, la direction te disait ce qu'il fallait faire et tu le faisais. » L'exécution de la tâche journalistique ou l'exécution des journalistes dans les geôles du camp de rééducation d'Erinéo. À cette simple évocation d'un choix impossible à faire, le journaliste dit tristement, ses yeux noirs plantés dans les vôtres : « Cela te tue de l'intérieur de donner des infos que tu sais fausses, mais nous n'avions pas le choix. Je devais faire très attention à ce que je disais à l'antenne, le moindre faux pas pouvait m'envoyer directement dans cette prison. »

Asmara, Tokyo, Paris

Le journaliste marche sur des œufs, profite de la moindre occasion pour respirer dans sa vie comme dans son métier. En 2006, les portes de l'international s'ouvrent à lui : il est envoyé par Eri-TV au Japon pour y suivre une formation à la pointe des nouvelles technologies de l'information. À des milliers de kilomètres de la capitale Asmara, Biniam Simon souffle un peu. Et puis, des amis l'appellent pour l'informer de nouvelles vagues d'arrestations. Issaïas Afeworki resserre les boulons : « C'est là qu'ils m'ont dit de ne surtout pas rentrer au pays. » Le journaliste reste au Japon. Son visa expire et les autorités de l'archipel nippon l'enjoignent de rentrer en Érythrée. La suite, c'est l'ONG Reporters sans frontière qui l'écrit. Ancien correspondant du journal Libération à Tokyo, Michel Temman prend Biniam Simon sous son aile. Grâce à ses réseaux, il finit par le faire sortir du Japon, direction Paris. Le journaliste y obtient facilement le statut de réfugié politique. Sa nouvelle vie s'écoule dans son petit appartement de Longjumeau. L'existence de Biniam Simon est comme suspendue. « Je le voyais dépérir, confirme Léonard Vincent, ancien responsable du bureau Afrique de RSF. Je sentais qu'il cherchait par tous les moyens à aider les siens, sa famille restée au pays et tous ses compatriotes privés de liberté. » Celui qui est aujourd'hui journaliste à RFI et auteur d'une enquête sur ce petit pays (1) lance une idée folle : créer la première station indépendante d'Érythrée et en confier les rênes à Biniam Simon.

[...]Lire la suite dans Le 13 du Mois # 29

Publié par Administrator  le 06 Mai 2013
 

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